Exposition collective annuelle, mondes

Pour son exposition annuelle des membres, Agrégat s’empare au pluriel d’un mot souvent employé au singulier : Mondes. À l’heure où l’actualité parle de « polycrises », le simple « s » suffit-il à dire la complexité du réel ? Cette exposition prend source dans l’idée semblable au « polymondes » et propose d’habiter pleinement ce pluriel. Non pour fragmenter davantage, mais pour reconnaître la coexistence de réalités multiples — intérieures et extérieures, humaines et non humaines, tangibles et imaginaires.

S’agit-il pour chaque artiste de présenter son monde ? Ou plutôt de révéler les passages, les superpositions entre des mondes qui se croisent sans toujours se reconnaître ? Sommes-nous enfermés dans des sphères étanches, ou participons-nous à une composition plus vaste où chaque monde influe sur l’autre ?

L’exposition rassemble des œuvres qui interrogent cette tension : entre isolement et relation, mémoire et transformation, refuge et ouverture. Elle ne cherche pas à juxtaposer des univers clos, mais à révéler leurs intersections. Dans ce petit « s » final se loge peut-être un geste de liaison : — un crochet discret comme appel à reconnaître nos différences qui sont les conditions mêmes d’un espace partagé.

Eugenia Reznik

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Mylène Boisvert

À partir de la perte d’une maison familiale, Mylène Boisvert explore le monde domestique comme un territoire fragmenté mais toujours vivant. Les lignes d’un plancher, les motifs d’un papier peint, les marques au sol deviennent des vestiges d’un monde disparu. En les soustrayant à leur fonction utilitaire et affective, l’artiste les recompose dans un nouvel espace. Ce monde reconstruit fait surgir la mémoire des lieux et des êtres qui les ont habités.

Alex Desrosiers

Dans cette miniature, plusieurs mondes coexistent : celui de l’intime, celui de la matière, celui du souvenir. Vue de face, la maison semble intacte et protectrice ; de côté, elle dévoile sa structure brisée. Le regard du spectateur — tel un géant penché sur un diorama — traverse ces strates. L’œuvre met en lumière la superposition de mondes narratifs et émotionnels qui habitent un même espace.

Janna Elizbarova

Avec cette figure hybride, oscillant entre humain et non-humain, Janna Elizbarova propose un monde spéculatif. Inspirée du Cyborg Manifesto de Donna Haraway, la sculpture agit comme un souffle déposé dans nos conversations entre nous et nos machines. Elle reflète les paramètres parfois cauchemardesques de notre monde contemporain tout en ouvrant un espace d’acceptation et de transformation.

Mathilde Forest

Cette installation photographique constitue une archive de mondes marins en transformation. Les récifs blanchis apparaissent comme des cités abandonnées, désertées par le vivant sous l’effet des bouleversements climatiques. Les images détaillées — presque comme une caméra de surveillance — donnent à voir un monde sous-marin en déclin. L’œuvre confronte le spectateur à la disparition progressive d’écosystèmes qui, bien que lointains, participent pleinement à notre monde commun.

Véronique Gauthier

Dans les trois peintures introspectives, le corps est envisagé comme un monde à habiter. « Et si on habitait la peau ? » devient une question existentielle. L’âme, la conscience, l’Être composent un monde intérieur singulier, mais jamais totalement isolé : il dialogue avec d’autres visions, d’autres réalités. L’œuvre invite le spectateur à reconnaître la pluralité des mondes qui coexistent en lui et autour de lui.

Paule Gilbert

Ancrée dans une démarche performative, cette vidéo exprime l’ébranlement d’un monde en déroute. L’artiste cherche à exprimer symboliquement les répercussions sur nos mondes intérieurs, à travers le trouble, l’agitation et l’inconfort ressentis tant individuellement que collectivement. Ici le corps humain est absent, mais sa trace, inscrite sur des objets du quotidien mis à nu, en évoque la présence ainsi que les impacts de son passage.

Gauthier Kriaâ

Les œuvres de Gauthier Kriaâ interrogent le monde intérieur du corps et celui du langage. « Porter un savoir » envisage l’anatomie comme un monde que la science cherche à percer, à pénétrer. En parallèle, la cartographie étymologique du mot « porter » déploie un monde lexical vaste et insoupçonné.

Kévin Pinvidic

Issue d’explorations urbaines menées lors du chantier de revitalisation du Square Viger à Montréal, cette œuvre numérique propose un monde recomposé par la numérisation 3D. Le territoire réel se transforme en espace poétique et contemplatif. En se projetant dans cette cartographie sensible, le spectateur traverse un monde parallèle qui dialogue avec le monde urbain tangible.

Alexandra Riesbri

Ses peintures-installations présentent des scènes intérieures observées depuis l’extérieur, comme à travers une fenêtre ou un écran. L’usage du trapo rejilla, tissu utilitaire paraguayen lié à son héritage maternel, ancre l’œuvre dans un monde familial et culturel spécifique. Évoquant les moustiquaires protégeant des maladies, ce matériau devient métaphore d’une frontière poreuse : comment rester en relation avec le monde extérieur tout en se protégeant ?

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Vernissage : 27 février, 18h - 20h

Exposition : 27 février au 23 mai

Mercredi - vendredi : 11h - 18h

Samedi : 12h - 17h

Agrégat à l'Atrium de l'Université de Sherbrooke – Campus Longueuil
150 Place Charles-Le Moyne, Longueuil

Le centre d’artistes Agrégat remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec de son appui financier.

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En Lumière, Chloé Beaulac